Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 07:55

Ptesan WinLa Pipe sacrée fut apportée et offerte par Ptesan Win, Femme Bison Blanc, qui apprit aux peuples amérindiens comment il devait vivre; fumer la Pipe est une cérémonie solennelle. Elle est le lien entre l'homme et le Grand-Esprit. La fumée qui s'en élève nous relie à ce qui est plus qu'humain. Il émane de la Pipe un grand pouvoir, loin d'être un simple objet de bois et de pierre.

 

La Pipe est le cœur de l'Indien. Le fourneau, en pierre rouge, est la chair et le sang. Le tuyau est la colonne vertébrale, ou le corps, et la chanshasha, le tabac indien, a également un caractère sacré. C'est l'usage de la Pipe et les prières qui sont récitées qui lui donne ce caractère Sacré.

 

 Quand Femme Bison Blanc vint aux tribus Lakotas, elle apporta la Pipe. Les tribus Lakotas se rassemblèrent pour leur grande fête d'été comme chaque année. Cette année-là (il y a très très longtemps), le gibier était introuvable et le peuple avait faim. 

 

Parmi les sept tribus rassemblées se trouvaient les Itazipchos, les "Sans-Arcs". Ils étaient affamés et cherchaient désespérément des bisons. Le chef Standing Hollow Horn (Corne-creuse-dressée), choisit deux jeunes guerriers qui furent chargés de partir en éclaireurs à la recherche de gibier. Ils poussèrent leur exploration bien loin mais en vain. Pourtant, au moment où le découragement s'était emparé d'eux, et où ils se préparaient à renoncer et à rentrer au camp, l'un d'eux dit : "Mon frère, je vois un bison au loin, qui vient vers nous." Ils l'observèrent qui se rapprochait et l'autre jeune guerrier s'exclama : "Ce n'est pas un bison qui vient là mais une femme !" 

 

C'était une femme très belle. Elle avait un visage radieux et elle semblait flotter plutôt que marcher. Elle était vêtue d'une peau de cerf blanche, bordée de franges mais sans aucun ornement qui l'enveloppait comme une robe longue. Ses cheveux dénoués flottaient doucement au vent ; du côté gauche y était accrochée une touffe de poil de bison. 

 

Quand cette étrange femme fut proche à la toucher, un des deux éclaireurs déclara : "Cette fille est toute seule. Sa beauté dépasse l'imagination. Je vais m'allonger avec elle". 

 

-Mon frère, ne fais pas ça. Ce n'est pas une femme ordinaire. Tu ne vois donc pas qu'elle marche au-dessus du sol, sans que ses pieds touchent la Terre. 

 

Mais l'autre refusa de l'écouter et il tendit la main pour la toucher. Alors un nuage s'abattit sur lui et quand il se dissipa, il ne restait du guerrier qu'un tas d'os. 

 

Cette étrange femme s'adressa alors à l'autre éclaireur : "Ton ami avait des pensées impures et il a été puni de son manque d'humilité. Je suis envoyée par la nation du Bison et j'apporte un message pour ton peuple, un message d'une extrême importance. Retourne dans ta tribu et raconte-leur ce qui s'est passé. Demain, au lever du soleil, je viendrai jusqu'à votre camp. Dis au peuple que tout doit être prêt pour la visite. Dis-leur de dresser un tipi spécial, dont la porte soit orientée dans la direction où le soleil disparaît le soir. Que le sol en soit parsemé de sauge. Avec trois bâtons, deux dressés, un couché, que l'on fabrique un râtelier, devant lequel on posera un crâne de bison. Veuillez aussi à préparer un carré de terre soigneusement aplani. Que tout soit sanctifié. A présent, repars vers ton camp sans te retourner." 

 

Pipe sacréeLe jeune guerrier suivit ses instructions. Il rapporta au chef Standing Hollow Horn ce qui était arrivé à son ami et les exigences de cette étrange femme. Avec l'aide de l'ensemble du peuple, le chef fit tous les préparatifs pour cette visite. L'eyapaha (le héraut) sillonna le camp pour demander à tous les hommes, femmes et enfants de se rassembler au lever du soleil pour souhaiter la bienvenue à cette femme wakan. Aux premières lueurs de l'aube, la Jeune Femme Sacrée apparut, dans la même tenue que la veille. Elle tenait au creux des mains la Ptechinchala Huhu Chanunpa, la Pipe Sacrée Entre Toutes, taillée dans l'os du jarret d'un jeune bison. Cette pipe n'était pas de fabrication humaine mais c'est Wakan Tanka, le Créateur, qui l'avait façonnée. Ptsan Win, Femme Bison Blanc, car tel fut son nom désormais, marcha sur les brins de sauge répandus sur le sol en chantant : 

 

            Niya taninyan                               On voit mon souffle monter

            Mawani ye.                                              Et je marche

            Oyate le                                     Vers cette nation (du bison)

            Imawani,                                           Je suis en marche,

            Na                                                              Et

            Hotaninyan.                                          On entend ma voix.

            Mawani ye.                                               Je marche.

            Niya taninyan                               On voit mon souffle monter

            Mawani ye.                                             Et je marche.

            Maluta le                                        Cette chose rouge, sacrée,

            Imawai ye.                                   C'est pour elle que je marche.

 

Ptsan Win pénétra dans la hutte préparée à son intention où elle s'assit à la place d'honneur. Puis elle entama un chant : "Mettez cette Pipe sacrée au centre. Adressez vos prières à Wakan Tanka, le Créateur. Cette Pipe, c'est lui qui vous l'a offerte." Elle se tourna vers l'ouest et leva la Pipe. Puis elle se tourna vers la droite, en direction du nord et leva la Pipe. Elle se tourna vers l'est pour présenter la Pipe. Elle se tourna vers le sud en priant. 

 

Quand elle eut bouclé le cercle, elle leva la Pipe bien vers le ciel, pour prier et instruire le peuple : "Je suis vos coeurs. Nous ne formons qu'un, un peuple, un esprit. Nous sommes la nation du Bison." Puis elle chanta : 

 

Je vous donne cette Terre,

Vous y marcherez d'un pas sacré.

Vous marcherez, en parfait équilibre avec Unchi,

Notre Grand-Mère la Terre.

Je vous donne cette pipe sacrée.

Avec elle vous prierez pour tout ce qui vit,

Pour les créatures qui marchent, qui volent, qui nagent et qui rampent.

 

S'adressant au peuple, elle ajouta : "Un jour, je reviendrai et ce sera pour toujours. Alors commencera une nouvelle vie et une nouvelle intelligence." 

 

Le chef Standing Hollow Horn s'adressa à la Jeune Femme bison : "Ma soeur, tu es venue pour nous en temps de détresse. Nous avons coutume d'offrir à manger à nos hôtes mais nous sommes pauvres et nous ne pouvons t'offrir que de l'eau." Sur ces paroles, il plongea une tresse de wachanga, de la glycérie odorante, dans une corne de bison remplie d'eau de pluie qu'il offrir à la jeune femme. Elle le remercia : "Tu n'aurais pu m'offrir de festin plus agréable".


Puis elle lui apprit à bourer la Pipe de tabac sacré, à l'allumer à l'aide d'un morceau de bouse de bison rougie au feu et à la fumer de la manière approprié à une cérémonie. 

 

Au peuple Lakoka, elle donna les sept rituels sacrés :

l'Inipi ou Purification dans la lodge à sudation,

la Quête de vision,

la Danse du Soleil,

la Garde de l'Esprit,

l'Ishnati Alonwampi ou rite de la Puberté des jeunes filles,

l'Apparentement

et le Lancer de Balle.

 

Aux hommes, elle déclara : "Vous possédez la force. Vous devez protéger et agir avec bienveillance envers ceux qui sont sans défense, les femmes et les enfants. Vous devez partager votre nourriture avec ceux dont la faiblesse physique ou l'âge les empêche de subvenir à leurs propres besoins. Vous devez prier avec cette Pipe. Vous, les Sans-Arcs, vous avez été choisis pour recevoir ce présent mais il appartient à toutes les nations rouges."

 

Guerrier de la LumièreAux femmes, Ptsan Win déclara : "Vous n'avez pas la force mais vous êtes fortes. C'est votre force qui maintient l'unité de la famille. Vous qui donnez la vie, vous êtes le ventre de la nation. Vous aimez les enfants. Vous montrez de la bienveillance envers tout ce qui vit. Wakan Tankan vous aime." 

 

Aux petits enfants, elle dit : "Vous encore petits mais vous allez grandir pour devenir des hommes et des femmes qui marcheront sur la voie de Pipe et transmettront cette étincelle à la génération suivante. Vous êtes bénis." 

 

Quatre jours durant, Ptsan Win enseigna à tous à se comporter en êtres humains. Elle leur apprit tout ce qu'ils devaient savoir. Quand elle eut achevé sa tâche, elle dit au peuple : "Je dois vous quitter à présent mais si vous me suivez jusqu'au sommet de cette colline, là-bas, vous n'aurez plus faim." Et elle se mit en route vers l'est, suivie, à une distance respectueuse par l'ensemble du peuple, qui était à la fois très impressionné et reconnaissant envers cette sainte femme. Quand elle fut sur la colline, elle se changea en jeune bison blanc, avant de lentement disparaître. Alors le peuple eut la certitude qu'elle était envoyée par Wakan Tanka. Quand ils atteignirent le sommet de la colline, ils virent de l'autre côté, un troupeau de bisons prêts à offrir leur chair afin que la nation puisse vivre.

 

Source : "Le cercle sacré" Mémoires d'un homme-médecine sioux d'Archie Fire Lame Deer

http://allezalasource.over-blog.com/article-femme-bison-blanc-et-la-pipe-sacree-48060414.html

 

 

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 17:55

 

 

 

 

 

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 07:16

Faces of the world 

Aux Temps Anciens , Waka Tanka , le Grand Esprit ,
a réuni les quatres races de l’humanité .
Aux hommes Blancs , il a donné le Feu à garder.
Aux hommes Jaunes , il a donné l’Air à garder.
Aux hommes Noirs , il a donné l’ Eau.
Aux hommes Rouges , il a donné la Terre.

Aujourd’hui , qu’en ont-ils fait ?


L’Homme Blanc a crée la lumière électrique ,
le laser mais aussi la bombe atomique.
L’Homme Jaune maîtrise les techniques de la respiration
qui aident à la méditation , mais l'air est pollué et à Tokyo ,
on est obligé de porter des masques pour se protéger de la pollution.
L’Homme Noir , qu’a-t-il fait de l’eau pour en manquer autant en Afrique ?
Seul l’Homme Rouge a conservé au mieux
qu’il a pu la Terre qu’il a reçu en garde.

 

Quand l’Homme Blanc est arrivé sur les Terres Indiennes ,
il a demandé à l’Homme Rouge de lui acheter ses terres .
Celui-ci lui ayant répondu :
"Je ne peux te vendre la terre car elle ne m’appartient pas ,
je n’en suis que le Gardien .
Nous ne sommes pas propriétaires de la Terre ,
nous en sommes les dépositaires pour nos enfants."

 

Alors , l’Homme Blanc a répondu :
"Si elle ne t’appartient pas , alors je la prends"
La Terre porte en elle les quatres couleurs de la peau des Hommes,
à certains endroits elle est rouge, à d’autres, blanche, noire ou jaune.
Les océans séparent les continents ,
mais ils sont de toutes façons liés à la Terre en dessous de l’eau .
Pourquoi les continents se déchirent-ils
alors qu’ils font partie de la même Terre ?


Tel est l’Enseignement des Anciens

 

Source: http://www.lespasseurs.com/enseignement_des_Hopis.htm

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 10:04

AigleUne salutation des sioux Lakota est "Mitakuye Oyasin" c'est à dire au nom de toute ma parenté, ce qui sous entend que tout est relié et que tout ce qui est dans la nature et nous même sommes interdépendants...

”Depuis des centaines d’années, la terre souffre d’une destruction rapide de son équilibre et de sa beauté. Sa souffrance provient des civilisations dominées par les hommes qui ont complètement perdu leur équilibre spirituel. L’homme continue de regarder du côté de la politique, de l’économie et de la guerre pour résoudre les problèmes causés par la politique, l’économie et la guerre. Notre Mère, la Terre continuera de souffrir de notre façon de vivre déséquilibrée seulement jusqu’au moment où elle devra frapper, éliminer la vie humaine si nécessaire, se guérir, revenir à un état d’équilibre et recommencer.

 

Certaines personnes croient que nous détruisons la planète. Cette croyance est un symptôme de l’orgueil démesuré de l’homme, de son “complexe de Dieu”. Nous avons abusé de notre pouvoir en nous détruisant nous même. Même si nous choisissons d’abuser de notre pouvoir en nous détruisant nous même, ma Mère la Terre survivra. Elle se guérira même si cela lui prend plusieurs milliers d’années pour se débarrasser de la saleté et des ravages de l’histoire humaine, ce n’est finalement qu’un temps très court à l’échelle de la vie de la planète Terre. Depuis les temps anciens, les Lakotas se sont toujours vus comme les gardiens de la Terre. Nous ne croyons pas que la Terre nous appartient, nous savons que nous appartenons à la Terre. Nous savons, et cela a toujours été une part de nos enseignements, que toute chose et que tout être dans leur nature sont duels, positif et négatif, masculin et féminin. Cette dualité est présente dans chaque forme d’existence, du plus simple atome à la plus grosse masse de matière de l’univers. Cette dualité existe aussi dans le Créateur.

 

Nous connaissons le Créateur comme masculin et féminin mais nous avons pris l’habitude d’oublier la partie féminine du “Grand-Mystère”. Nous avons été si profondément influencés par la société en place que nous avons permis à nos tendances négatives d’aller de plus en plus loin dans le déséquilibre. Dans toutes les histoires des civilisations qui se sont engagées dans ces tendances et croyances de la société dominante, il y a des mythes, légendes et écritures religieuses qui décrivent Dieu comme purement masculin. Ils disent que Dieu a fait l’homme à son image et qu’ensuite il a fait la femme pour la donner à l’homme. Beaucoup de gens croient que se sont les femmes qui ont apporté le mal, la douleur et la souffrance de ce monde. Ils utilisent ceci comme une excuse non seulement pour dominer et contrôler la femme, mais aussi pour rabaisser tout ce qui est féminin en incluant bien sûr ma mère la Terre. Ceci a conduit la vie à un monde dirigé par le cerveau gauche. La société vénère les fonctions les plus masculines : mathématique, science, stratégie militaire. Elle accorde beaucoup moins d’importance aux aspects féminins tels que l’intuition, une éducation plaçant les enfants au dessus de toutes les autres priorités ainsi qu’un comportement harmonieux.

Il y a quelque vérités spirituelles de base que tous les peuples doivent suivre pour pouvoir diriger leur vie dans leur propre religion, leur propre chemin spirituel.

Ce qui est créé par Dieu est sacré. Tout ce qui est créé par l’homme ne l’est pas. La Terre a été créée par Dieu aussi elle est sacrée. Les frontières et les gouvernements ont été créés pour servir les intérêts des hommes, aussi ne sont-ils pas sacrés. Le plus haut et le plus noble peut être corrompu.

Le plus puissant et le plus fort peut devenir faible et tomber. L’homme peut les changer, les corrompre, les détruire et les reconstruire. La Terre de Dieu continue avec ou sans eux.
Faces of the world
Les ressources et les richesses de cette Terre ont été créées par Dieu, elles sont sacrées. Les animaux, les plantes, les arbres, l’air, l’eau, sont tous créés par Dieu, ils sont sacrés. Les grands groupes, les systèmes économiques, la bourse, la complexité moderne et les structures politiques ont été faites par l’homme pour servir ses intérêts, ils ne sont pas sacrés. Une poignée de gens peut ainsi amasser des biens matériels pendant que beaucoup de gens souffrent. De grandes quantités de formes de vie disparaissent aussi à cause de ces mêmes personnes. Ils peuvent continuer sur les chemins de la destruction pour le pouvoir et le profit jusqu’à ce qu’eux-mêmes ne puissent plus survivre sur leur propre tas d’ordures laissant par la même occasion derrière eux une planète inhabitable pour les générations futures. La Terre de Dieu se purifiera et se guérira d’elle-même.

Ce n’est pas à nous de décider qu’une forme de vie est plus sacrée qu’une autre. Nous devons apprendre à vivre sans dépenser plus que ce dont nous avons besoin. Prendre la vie d’un animal n’est pas pire ou meilleur que de prendre la vie d’un arbre ou de n’importe qu’elle autre plante.

Chaque jour et chaque nuit, les gardiens de la tradition Lakota prient pour l’humanité, les animaux, les plantes, ceux qui sont dans le monde des esprits, la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air. Nous prions pour les animaux quand nous les tuons pour la nourriture et pour manger leur viande. Nous prions pour les plantes quand nous les cueillons pour les cérémonies et les guérisons.

Nous, Lakotas, croyons que toute chose crée par Dieu est sacrée et en tant que partie de la Création nous sommes aussi “connectés". A chaque fois que nous prions, nous finissons nos prières par les mots “MITAKUYE OYASIN” (Nous sommes tous reliés). Avec cette petite phrase, nous prions pour toutes les choses.“
Archie Fire Lame Deer
Chief Archie Fire Lame Deer

Source : Message des Amérindiens - Lakota

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 07:41

Encore des perles des sages amérindiens à méditer.  Merci à Michel pour ces vidéos qui nous ouvrent le coeur.

 

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 06:53

ayahuasca-by-pablo-amaringo.jpgÀ l'âge de 21 ans, je commence des études, un doctorat en anthropologie, étant donné mon intérêt pour le tiers-monde et le développement. Au cours de l'été 1983, je fais un stage dans le Centre des droits de l'homme des peuples indigènes à Boston. C'était juste à l'époque où je cherchais un endroit dans le monde pour faire mes deux ans de recherche anthropologique sur le terrain. Le monde est grand, c'est une mappemonde, on a une fléchette... où vais-je ? En tout cas certainement pas dans la forêt tropicale, peut-être au Népal, en Suisse...

  

Mais je rencontre un anthropologue de ce centre qui me dit : "Tu t'intéresses à la question des droits des peuples indigènes ? Le développement, le territoire de ces peuples, l'injustice ? En Amazonie péruvienne, me dit-il, il y a les Ashanincas de la vallée du Pichis, un grand projet de développement de la Banque mondiale. Personne n'est là-bas, et ce serait bien que quelqu'un aille étudier cela!" J'étais âgé de 23 ans, et l'on me servait sur un plateau ce qu'au fond je n'avais vraiment pas envie de faire... Mais vu que c'est le rite de passage de l'anthropologue, j'y suis allé par défi : "il faut faire ce que tu n'as pas envie de faire !", me suis-je dit. C'est ainsi donc que je me suis retrouvé au Pérou. Le but de mon étude était de démontrer que ces Indiens savaient utiliser leurs ressources rationnellement -contrairement à ce que disait la Banque mondiale.

(…)

 

Les mois passent et un soir, nous sommes de nouveau sur le sujet des plantes et je leur pose la question : "Comment savez-vous tout ça, les gars ?" Un homme me dit : "Frère Jeremy, pour le savoir tu dois boire de l'ayahuasca. Si tu veux, je te montre". Deux semaines plus tard, il débarque : "tu ne dois pas manger de sel, de gras, de sucre, ni d'alcool...". Je ne le prenais pas au sérieux et je n'ai pas suivi ses instructions.

 ayahuasca.jpg

Il arrive avec son ayahuasca, je bois une dose que j'ai tout de suite régurgitée. J'étais assis et tout à coup, les cheveux dressés sur la tête, d'énormes serpents fluorescents de quinze mètres de long et d'un mètre de haut, me fendent le front ! Ils m'ont communiqué que le point de vue rationnel de la réalité est une illusion : "Tu n'es qu'un être humain". Vingt-quatre ans sur la planète Terre, occidental, blanc, "supérieur", avec la connaissance des molécules et de la réalité, comprenant comment les choses fonctionnent... et soudain je me rends compte que cette compréhension de la réalité n'est elle-même qu'une petite illusion. J'ai quitté mon corps et j'ai volé au-dessus de la planète; j'ai vu les nervures d'une feuille et les nervures de la main : c'était la même chose.

 

Cela allait tellement vite, des images d'une cohérence, d'une beauté, d'une vitesse inimaginable et indescriptible, une inondation d'informations... C'était comme entrer dans une machine à laver épistémologique pendant trois heures. Comment même en parler ? Prononcer des phrases comme je viens de le faire ? Dans le monde dans lequel nous habitons, cela s'effondre d'absurdité ! "J'ai vu des serpents fluorescents de quinze mètres de long qui m'ont expliqué que je n'étais qu'un être humain, mais sinon ça va !" (Rires).

 

Cette expérience m'a montré que ce que les Indiens racontent correspond à quelque chose, mais à quoi ? Mystère. De plus, cela contredit la démarche intellectuelle que je poursuis, à savoir démontrer que ces gens utilisent leurs ressources rationnellement. Si je raconte qu'ils disent que leur savoir tire sa source dans l'hallucinatoire, ça ne va pas.

J'ai donc écarté ces données gênantes.

 ayahuasca9.jpg

Et j'ai vécu une année et demie de plus avec eux. Tout ce que j'ai vu, c'était des gens qui ne sont pas des menteurs, qui lorsqu'on leur demande : "Comment fais-tu telle chose ?", au lieu de te dire : "Tu fais comme ça !", ils te montrent. C'est ce qu'ils avaient fait avec l'Ayahuasca. Leurs explications en apparence abracadabrantes se retrouvaient vérifiées dans la réalité empirique. Par exemple, j'avais mal au dos, et ils m'ont dit : "Nous avons un breuvage, tu le bois à la demi-lune, cela transforme pendant 48 heures ton corps en caoutchouc et ensuite tu n'as plus mal au dos !". J'avais essayé de guérir mon mal à l'occidentale, ça n'avait pas marché. J'ai bu une demi-tasse de thé à la demi-lune qui m'a transformé en caoutchouc pendant 48 heures, et je n'ai plus eu mal au dos ! Ce qu'ils disaient était vérifié dans la pratique, mais inexplicable, en tous cas par ma logique.

(…)

Après avoir tourné le dos pendant sept ans à cette énigme : "D'où vient ce savoir ?", je me suis dit qu'il y avait là quelque chose, une chose dont on n'arrivait même pas à parler. Or croire que ce que l'on voit en état hallucinatoire est vrai, est la définition même de la psychose. Ergo, aucune information vérifiable ne peut venir de l'hallucinatoire. On fait demi-tour, n'en parlons plus ! Et c'est pour cela que personne n'en parlait, et moi j'ai fait de même, je n'étais pas au-dessus du lot, j'étais le premier coupable. Comme tous les autres j'avais occulté la chose.

 

Cela me paraissait logique que, pour faire avancer la science, comme Kuhn l'a montré avec les structures des révolutions scientifiques, c'est là où il y a le paradoxe que l'on doit gratter; là où il y a des barbelés que les panneaux indiquent "Interdit d'aller plus loin"; là où tout le monde fait demi-tour, c'est là qu'il faut aller.

 

Alors, je me suis lancé dans une enquête personnelle. Et c'est au moment où tout s'était mis en place dans ma tête, que mon patron était d'accord pour me payer un salaire pour que j'écrive un livre sur ce sujet, bref que toutes les circonstances étaient réunies, c'est juste à ce moment-là que je ne pouvais plus quitter la Suisse : j'avais deux fils, l'un âgé de deux ans et l'autre de deux mois. Impossible de partir longtemps en Amazonie péruvienne pour faire une recherche sérieuse et participative sur le chamanisme hallucinatoire.

 

Après avoir tourné autour du pot pendant neuf mois, j'en étais venu à la conviction qu'il y avait de l'information qui provenait de la sphère hallucinatoire. Prenons des exemples, le curare ou la constitution chimique de l'ayahuasca, qui sont des combinaisons de plantes. Dans la forêt amazonienne, il y a 80 000 plantes supérieures... Il y a une chance sur six milliards de combiner des plantes qui sont inactives séparément pour en faire quelque chose d'actif ensemble. Et les Indiens ne prétendent pas que ce sont leurs ancêtres qui auraient expérimenté au hasard les plantes. Ils disent : "Nos ancêtres ont pris des substances hallucinogènes, et dans leur vision, les recettes leur ont été données."

 

Cette hypothèse devenait pour moi possible, même si elle contredisait les principes de base de l'épistémologie occidentale. Il y a de l'information qui provient de cette sphère. Est-ce que les hallucinations viennent de l'intérieur, de notre cerveau, comme la science le dit, ou bien l'information vient-elle du monde extérieur, des plantes, comme les chamans le disent ?

 

Encore une fois, pendant plusieurs mois je travaillais à une énigme réduite à une question : "L'information vient-elle de dedans ou de dehors ?" C'est donc vraiment le réductionnisme au travail, la dichotomie typique de l'occidental entre le dedans et le dehors. Je me promenais dans la forêt, mettant ma tête contre les arbres pour voir s'ils communiquaient...

"Est-ce que ça vient de dedans ou de dehors ?"

 

Le jour vint où j'eus fini de lire, et je débutai l'écriture de mon livre dont le simple but était de baliser l'énigme. Je me dis alors : "C'est le premier jour du printemps, j'ai passé l'hiver à la lecture, je vais aller me promener !" Et c'est ce jour-là qu'en me promenant je me rendis compte d'une chose : "Peut-être que l'information vient et du dedans et du dehors, et qu'en fait je me pose mal la question !" J'ignorais ce que cela signifiait et de toute façon, aucune autre explication donnée jusqu'à présent ne me paraissait valable. Les images que j'avais vues, je ne les avais pas vues auparavant, ni stockées, ni même imaginées dans mes pires cauchemars, et ces images affolantes n'étaient pas issues du dépotoir chaotique de ma mémoire... Vu que les théories proposées par la science elle-même étaient improbables, les idées les plus folles semblaient possibles.

ayahuasca7.jpg 

Le lendemain, j'ai lu par hasard et pour le plaisir un livre de Michael Harner. Rares sont les anthropologues qui ont pris de l'ayahuasca et raconté leur expérience, pour des raisons évidentes. Le premier à l'avoir fait, c'était lui. Dans ce livre, qui a d'ailleurs servi à le disqualifier de l'anthropologie officielle, il raconte son expérience sur dix pages. En 1961, chez les Shipibos-Conibos en Amazonie péruvienne, il étudiait depuis une année leur religion sans rien y comprendre. L'un d'entre eux lui dit que s'il voulait comprendre, il devait boire de l'ayahuasca. Il accepta et but un tiers de bouteille, ce qui est une "dose régulière", comme le disent les Ashanincas.

 

Dans ses visions, il remonta jusqu'au début de la vie sur Terre, il vit des petits grains tomber du ciel, ressemblant à des créatures reptiliennes géantes, puis il vit que ces créatures étaient à l'intérieur de son cerveau. Tout cela était comme un film projeté devant ses yeux, où on lui expliquait que ces créatures avaient créé la magnificence de la création sur la Terre, et se cachaient à l'intérieur de chaque forme de vie. Il vit des centaines de millions d'années d'évolution à une vitesse ahurissante.

À ce passage, il a mis une note : "On pourrait dire que ces créatures reptiliennes étaient comme l'ADN. Sauf qu'à cette époque en 1961, j'ignorais tout de l'ADN". À ce moment-là, j'ai cessé de lire; c'était ce que je cherchais ! C'est vrai, l'ADN est une source d'information qui est à la fois à l'intérieur du cerveau et à l'extérieur. Se pourrait-il qu'il y ait une connexion entre les serpents et l'ADN ? Les Ashanincas disent toujours : "Si tu veux comprendre le langage de la nature, fais attention aux similarités au niveau de la forme; c'est ainsi que la nature parle". (…)

 

Avant de rédiger je voulais vérifier une dernière piste : celle des jumeaux. Dans l'ouvrage de Chaumeil, une note dit qu'on retrouve un peu partout le mythe des jumeaux. Je vais à la bibliothèque étudier la mythologie, qui n'était pas mon fort jusque-là. Et je commence à voir qu'il y avait des jumeaux dans tous les mythes de la création, non seulement en Amérique du Sud, mais sur toute la planète, la planète animiste, chamanique et même dans le mythe de création judéo-chrétien.

 

Le dernier livre de Levi-Strauss parle de l'histoire de Queltzalcoalt -- coalt signifie serpent et jumeau -- fils de serpent cosmique. Plusieurs peuples buvant de l'ayahuasca et habitant à des milliers de kilomètres les uns des autres racontent la même histoire. Un anthropologue américain rapporte que c'est la même chose chez les Shipibos-Conibos, les Yaguas, les Desanas d'Amazonie colombienne, et les Aztèques aussi... Mais qu'est-ce que cela signifie ? Je suis allé me promener dans la forêt avec mon magnétophone, et je me suis répété ce que je pensais et ce que cela signifiait. Je me suis trouvé bloqué. "Regarde la forme..." disent les ayahuasqueros.

 

Le matin à la bibliothèque, je regarde la forme de l'ADN, deux vignes entrelacées, deux serpents enroulés, et surtout une échelle torsadée. Parle-t-on d'échelle du côté du chamanisme ? Le symbole de la profession selon Alfred Métraux : a-t-on besoin des serpents cosmiques chez Mircea Eliade ? Sauf que les serpents ne sont pas uniquement présents chez les Aztèques ou en Amazonie; ils sont en Australie, et ils ont des cristaux de quartz comme ceux dont on parle en Amazonie colombienne !

Voyons s'il y a des serpents dans la mythologie... Je prends le livre de Joseph Campbell... mais existe-t-il un mythe du monde où les serpents soient absents ? Des serpents cosmiques chez les Égyptiens, dans le Pacifique, chez les Esquimaux, qui n'ont d'ailleurs pas de serpents ! Tout cela commençait à devenir fort. Je me disais : "Ce serait quelque chose si personne n'avait vu cette connexion : dans l'état de transe, la conscience serait d'une certaine manière réduite à un état moléculaire où l'on apercevrait l'ADN".

 

Le moyen de le vérifier serait de prendre de l'ayahuasca, me disais-je le soir où tout cela s'est passé. (…)

 

Autre exemple, les chamans disent : "Ces visions que nous voyons, c'est de la lumière, et elles parlent un langage formé d'images tridimensionnelles sonores, et la manière de communiquer avec ces hallucinations, c'est par le son".

Un chaman auquel j'avais demandé comment sont les esprits, m'avait répondu :

- Ils sont comme des ondes radio.

- Comment ça des ondes radio ?, avais-je ajouté.

- Oui l'ayahuasca, c'est comme la radio, cela permet d'allumer la radio et ces ondes radio que l'on capte tournent autour de nous."

 

J'ai demandé à un ami journaliste scientifique si l'ADN émettait des sons, et il m'a répondu que l'ADN émettait des ondes analogues aux ondes radio, sous formes de photons. Dans la plupart des livres de biologie moléculaire, on ne parle pas de cette émission de photons. En fait, il y a des universitaires allemands qui mesurent ce phénomène dans leurs laboratoires depuis une quinzaine d'années. Et que disent-ils sur ces photons ? Que c'est exactement la longueur d'onde de la lumière visible, que c'est comme un laser ultra-faible. L'intensité de cette lumière est équivalente à celle qu'on recevrait d'une bougie à une dizaine de kilomètres, mais sa cohérence, c'est-à-dire la régularité avec laquelle les photons sont relâchés, est celle d'un laser.

 

Je savais que là, il y avait anguille sous roche. J'ai demandé à nouveau à cet ami ce qu'était concrètement un laser. Il m'a répondu : "C'est une lumière tridimensionnelle et fluorescente". Or, c'est exactement ce que voient tous ceux qui prennent de l'ayahuasca. Ils parlent de couleurs multipliées par dix, et tridimensionnelles. Cela ne prouve pas grand chose, mais en tous cas, cela m'a fourni une piste sur laquelle je n'ai pas hésité à élaborer une hypothèse.

(…)

 

Bref, si l'hypothèse est exacte, ces Indiens disposent dans leur chamanisme d'une source de savoir biomoléculaire insoupçonné, et l'ADN n'est pas un acide désoxyribonucléique inerte; ce n'est pas un simple produit chimique, c'est animé ! Le principe qui nous anime est lui-même animé, et il y a là une conscience qui se cache en dedans. Justement, les Ashanincas appellent ces êtres Maninkari "ceux qui se cachent". On peut dire non seulement que l'ADN est vivant, mais que nous pouvons communiquer avec lui. Pour tous ceux qui aimeraient savoir à quoi servent les 97 % d'ADN que l'on appelle camelote (dont la science actuelle ignore l'utilité), voilà une bonne question à poser... à l'ADN, par exemple. Le nombre de questions en rapport direct avec la biologie moléculaire et qui restent à éclaircir est énorme. Cela fait seulement quarante ans que la science regarde ce principe vital qui nous anime.

 

Et cela fait des milliers d'années que ces peuples connaissent cela. Il y aurait donc peut-être quelque chose à apprendre. Parce que c'est ainsi qu'il faut parler aux Occidentaux. Lorsque l'on dit : "Il faut sauver la forêt tropicale pour le droit des peuples indigènes", tout le monde dit : "Tu rêves mon vieux, on n'arrête pas le progrès !" Mais si tu leur dis : "C'est pour nous-mêmes qu'il faut sauver la foret, parce que c'est le poumon de la planète !", on te répond : "Ah oui ? À qui envoie-t-on l'argent ?"

 

Il y a des choses à prendre en se taisant, en les écoutant, en dialoguant avec les Indiens. On me dit : "Votre hypothèse est invérifiable pour l'instant". Mais non, il y a un test tout à fait empirique consistant à engager un véritable dialogue dans des conditions acceptables pour tous, entre des biologistes moléculaires pointus et ouverts d'esprit, et des Ayahuasqueros, et à voir s'il n'en sort pas de l'information vérifiable, qui ne serait pas connue actuellement...

 

NarbyJeremy Narby

Docteur en anthropologie de l'Université de Stanford .

Le serpent cosmique, aux Éditions Georg, Genève, 1995

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 01:21

Femme-Bison-Blanc.jpgIl advint que deux jeunes hommes avaient été envoyés par le conseil des Sans Arcs en éclaireurs pour trouver le bison. Ils eurent l'apparition d'une femme d'une beauté exceptionnelle habillée d'atours magnifiques. Elle portait sur son dos un fagot. Elle était si pâle et en même tant si rayonnante, son visage était d'une telle perfection, que les deux hommes en furent éblouis. 


Comme ils la regardaient, elle leur parla en ces termes : "J'appartiens au peuple du bison. J'ai été envoyée sur cette terre pour m'entretenir avec votre peuple. Vous devez maintenant remplir un devoir important qui est d'adresser un message essentiel aux vôtres. Rendez-vous auprès de votre chef et dites-lui d'ériger le tipi du conseil au centre du campement. Placez la porte de celui-ci, de même que l'entrée du village, face à l'est. Dispersez des feuilles de sauge à la place d'honneur. Derrière le foyer, ramollissez la terre et donnez-lui la forme d'un carré à l'arrière duquel vous poserez un crâne de bison. A l'arrière de celui-ci, édifiez un petit râtelier. J'ai des choses de la plus grande importance à dire à votre peuple et me rendrai dans votre village à la pointe du jour".


Pendant qu'elle parlait, l'un des deux hommes tomba sous le charme et la désira à tel point que, lorsqu'elle eut fini, au grand dam de son compagnon, il tenta de la séduire. Dans l'instant on entendit un coup de tonnerre et ils furent enveloppés d'un nuage. Au fur et à mesure que celui-ci se dissipait l'éclaireur qui restait vit la superbe jeune femme qui se tenait debout, impassible, alors qu'à ses pieds gisait un squelette.


Elle l'enjoignit alors de retourner à son village et de porter son message à son peuple. 
Dès que l'éclaireur arriva au camp, il raconta à son chef "Buffalo Who Walks standing upright", c'est-à-dire le "Bison qui marche debout sur les jambes arrières", ce qu'il avait vu et lui transmit le message comme elle le lui avait ordonné. 

Ptesan-Win.jpg
Le peuple, très ému par la perte de l'éclaireur, était très excité à l'idée de cette mystérieuse visite. On fit savoir qu'il fallait préparer cette visite selon des modalités particulières et tout fut fait comme Wohpe l'avait demandé. On désigna des jeunes hommes vertueux pour l'escorter jusqu'au tipi. Dès la tombée du jour, un grand nombre de personnes s'étaient déjà rassemblées autour du tipi du conseil pour attendre son arrivée. 


Au moment où le soleil se levait à l'est, la jeune femme arriva. Ces atours étaient les mêmes que lors de son apparition aux éclaireurs mais, au lieu d'un fagot, elle tenait dans sa main droite un tuyau de pipe et dans la gauche le fourneau qui était de couleur rouge. Elle s'avança lentement et se dirigea vers le tipi du conseil. Elle y entra avec une certaine majesté, et faisant le tour par la gauche, elle s'assit à la place d'honneur. 


C'est alors que le chef lui souhaita la bienvenue. Il dit à son peuple combien celui-ci avait de la chance que Wakan Tanka lui ait envoyé cette femme si belle qu'ils accueillaient en sœur. Il s'adressa alors à elle et lui dit que ses frères et sœurs étaient prêts à entendre son message. 


Wohpe se leva, et tout en tenant la pipe, s'adressa à l'assemblée. Elle lui dit combien Wakan Tanka était satisfait des Sioux et combien elle était fière en tant que représentante du peuple des bisons d'être leur soeu
r. Elle dit encore que c'est parce qu'ils avaient été loyaux et respectueux, qu'ils avaient fait triompher le bien du mal et respecté l'harmonie contre la discorde, que les Sioux avaient été choisis pour recevoir la pipe au nom de toute l'humanité. Celle-ci serait le symbole de la paix et devrait être utilisée comme tel entre les hommes et les nations. Fumer la pipe signifiait créer un lien de confiance et permettrait au chaman d'entrer en communion avec Wakan Tanka. 


Elle se tourna ensuite vers les femmes auxquelles elle s'adressa comme à des sœurs. Elle leur dit qu'elles étaient destinées à porter le poids de grandes difficultés et de nombreuses peines mais que leur grande bonté les destinait à réconforter les autres en période de grande douleur. C'étaient à elles de maintenir la permanence de la famille en donnant naissance aux enfants, en les élevant, en les habillant et en les nourrissant tout en restant fidèles à leurs époux. C'est ainsi que Wakan Tanka avait organisé leur vie et les soutenait dans la douleur. 


Elle s'adressa ensuite aux enfants comme à ses petits frères et petites s
œurs. Elle les invita à respecter leurs parents car ceux-ci avaient fait bien des sacrifices pour qu'il ne leur arrive que du bien. 


Aux hommes, elle parla comme si elle était leur soeur. Elle leur dit que toutes choses dont ils dépendaient venaient de la terre, du ciel et des quatre vents. La pipe qu'elle tenait devait servir à offrir sacrifices et prières à Wakan Tanka pour le remercier des bienfaits de cette vie. Il ne fallait pas négliger de le faire chaque jour. Elle dit encore qu'ils devaient être bons et aimants pour leurs femmes et leurs enfants car ceux-ci étaient des êtres fragiles. 

Pipe-sacree.jpg
Pour finir, elle s'adressa au chef auquel elle expliqua comment se servir de la pipe et comment en prendre soin. Du fait de sa position, il était de son devoir de la protéger et de la respecter, la nation vivait en effet au travers de ce calumet. 


C'était un instrument sacré permettant de protéger le peuple pendant les temps de guerre, de famine, d'épidémie ou d'autres calamités. Elle enseigna ce qu'il fallait savoir pour n'utiliser la pipe qu'à juste titre avant de lui faire la promesse qu'au moment opportun les Sioux auraient la révélation de Sept cérémonies sacrées auxquelles il faudrait se plier : l'I-ni-pi (Purification), la Wi-wanyang-wa-chi-pi (Sundance) la Han-ble-chi-ya (quête de vision) la Hun-ka ka-g'a (cérémonie pour étendre les liens familiaux), le Ta-pa kah-go-ya (Lancé de la balle sacrée), la Wi-yan is-na ti (cérémonie de la puberté) et la Na-gi glu-ha (Garde de l'esprit cérémonial).


Elle resta quatre jours. Avant de les quitter, elle dit au chef combien Wakan Tanka était satisfait de son accueil et combien elle était heureuse d'être sa sœur. 

Fumer-la-pipe-sacree.jpg
C'est alors qu'elle prit de la bouse de bison pour allumer le calumet et qu'elle l'offrit au ciel, à la terre puis aux quatre vents avant d'en tirer une bouffée et de la tendre au chef de la nation. 


Quand celui-ci eut également tiré une bouffée elle annonça que sa mission venait de prendre fin. Sur ces entrefaites elle déposa la pipe contre le râtelier et quitta le tipi sans escorte. 


En sortant du tipi elle fit le tour de celui-ci par la gauche en marchant lentement. Elle quitta le village et tandis que chacun regardait sa silhouette diminuer lentement, elle se transforma aux yeux de tous en un petit bison blanc. 


C'est ainsi que Wohpe, la fille du soleil et de la lune, s'en est retournée sur la terre pour enseigner l'Humanité. On la connaissait sous le nom de "la Belle". Quant aux chamans, ils l'appelaient Wohpe.

 

Source: http://monazimba.bloguez.com/monazimba/269450/White-Buffalo-Calf-Woman

 

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 16:27

ShamanLe chamanisme fait intrinsèquement partie de l'être humain. Depuis les origines de l’homme sur terre et jusqu'à la fin de l’espèce humaine, le chamanisme sera présent qu’on le veuille ou non.

 

Cette sagesse multimillénaire à survécu aux totalitarismes religieux et politiques: il a survécu aux grandes religions, au bouddhisme, au communisme et il survivra au capitalisme.

 

Mais qu’est ce que le chamanisme ? Si on ne peut le décrire véritablement avec des mots, on peut dire qu’il s’agit d’un mode d’être qui privilégie une relation harmonieuse avec la nature et tout ce qui fait partie de la nature. La vision chamaniste amène à une attitude respectueuse des éléments naturels : terre, ciel, pierres, arbres, plantes, animaux, étoiles, etc … Cette même manière d’être s’établit dans la relation avec les esprits et le monde subtil. Il s’agit de maintenir une harmonie entre l’homme, le monde naturel et le sacré.

 

Le chamanisme n’est pas une religion, ni une philosophie. C’est une expérience personnelle, intime avec l’univers, ses forces et la conscience. Conscient que nous sommes des êtres naturels, donc faisant partie de cette même nature, cela amène à comprendre que si l’on agresse la nature, c’est soi même que l’on agresse. Il ne s’agir pas d’imposer ses aberrations humaines à la nature donc à la vie, mais plutôt d’être en symbiose avec elle.

 

Il ne peut donc en aucun cas être une hiérarchie, un dogme imposer à autrui.

 

Les mots clefs du chamanisme sont : respect, authenticité, sacré, grand mystère, expérience de connaissance, vision, amour, beauté, chants, vibrations, extase, équilibre, échange, communication.

HamblechiaLe chaman ou la chamane est l’intercesseur entre les êtres humains et le monde naturel et surnaturel. C’est pourquoi la plupart du temps le chaman cumule les fonctions de confident, prêtre, artiste, voyant, guérisseur. Il était le garant de la cohésion de la société et de sa survie. Il est le dépositaire des mythes, symboles, de la Tradition et de la connaissance.

 

Etre chaman implique une perception lucide du monde et de l’humain, une force d’esprit, un grand cœur.

 

Nous sommes tous les enfants de la Terre-mère et du Père-ciel. Nous devons être les gardiens de la terre et la transmettre de la plus belle façon aux générations futures.

 

Source: http://phil.lemaire.pagesperso-orange.fr/chaman002.htm

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 21:32

Serpent cosmiqueDix ans après sa première hypothèse - les chamanes auraient un accès direct à la double hélice d’ADN -, l’anthropologue Jeremy Narby se tourne vers des scientifiques... aux découvertes étonnamment animistes.

Nouvelles Clés : Le serpent cosmique (éd. Georg) se déroulait en Amazonie et c’est là que commence aussi votre nouveau livre, L’intelligence dans la nature (éd. Buchet Chastel). En fait, vous aviez promis à vos lecteurs une suite à votre enquête. Vous aviez découvert, très surpris, que les peuples premiers - que nous appelons schématiquement « chamaniques » et qui sont un peu nos ancêtres - n’ont pas acquis leurs connaissances originelles de façon pragmatique, par « essais/erreurs », en testant un peu tout et n’importe quoi, mais plutôt en communiquant directement avec les autres règnes vivants, dans une sorte d’intuition fulgurante. Une telle communication inter-espèce suppose que les animaux et les plantes ont une conscience. Vous avez donc décidé de creuser, cette fois auprès de scientifiques, la question de savoir si toute la nature ne pouvait pas être décrite comme intelligente.

Jeremy Narby : Je suis retourné en Amazonie, puisque c’est là en effet que commence la piste qui m’a mené du chamanisme à la biologie moléculaire et m’a fait penser que la nature était intelligente. Le Serpent cosmique faisait l’hypothèse qu’en superposant les connaissances chamaniques et celles des biologistes, on se retrouvait comme avec deux cartes, deux grilles de lecture datant d’époques très différentes mais coïncidant étrangement. Les biologistes travaillent sur l’ADN, qui est une sorte de texte chimique enfoui au fond de chaque cellule. En soi, cela semble confirmer l’idée d’une intelligence, certes mystérieuse mais générale. J’ai donc repris l’enquête, en commençant par ceux qui m’en avaient parlé en premier : les chamans amazoniens, qui véhiculent à ce sujet une connaissance vieille de milliers d’années. À partir de 2001, j’ai sillonné surtout l’Amazonie péruvienne, pour interviewer les spécialistes indigènes, dans plusieurs cultures : Ashaninka, Shipibo, Shaoui, Kaldochi, Qitchua, Awahi... Ils sont tous d’accord : pour eux, les plantes et les animaux pensent, ont des plans, un savoir, sont « humains » dans leurs mondes... En fin de compte, rien de très nouveau. C’est même très ancien. Ils l’ont toujours dit et il n’y a pas trente six façons de le dire. Au bout d’un certain temps, il s’est plutôt agi de déplacer mon travail anthropologique du côté des scientifiques...

N. C. : Les chamans disent-ils que la nature a des intentions à notre égard ?

Amazon-chiefJ. N. : Il faut comprendre que pour eux, le concept de « nature » n’a pas de sens. Je leur demandais plutôt quel intérêt pouvaient avoir les plantes à nous donner des informations. La réponse était généralement qu’elles sont beaucoup plus anciennes que nous et se préoccupent de notre santé, comme des grands-parents se préoccupent de leurs petits-enfants même s’ils sont méchants. Les grands-parents ne savent pas dire non à leurs petits-enfants quand ces derniers leur demandent quelque chose ! C’est leur plaisir de les informer.

Moi, je recherchais, de façon délibérément politique, à révéler un terrain d’entente entre le savoir indigène et la science. Il est clair que l’idée d’une « intention » de la nature fait glisser le sujet vers ce que nous appellerions la « téléologie », dont les scientifiques ont a priori horreur. Je n’avais donc pas envie d’aller par là en premier. Je voulais plutôt circonscrire un plus petit dénominateur commun entre les cultures primordiales et nous, humains formés par la science du début du 21ème siècle. J’ai donc laissé à l’arrière-plan les intentions de la nature, supposées ou réelles, pour devenir une sorte de diplomate entre des systèmes de savoir très différents et dépasser les approches classiques. Il m’a semblé que le travail le plus radical consistait à me comporter comme un anthropologue, non plus auprès des indiens, mais des scientifiques. Je suis donc sorti d’Amazonie pour me rendre dans des laboratoires, notamment de biologie, et y poser des questions candides, comme je l’avais fait pendant des années dans la forêt.

La science est un autre monde que la forêt. Les scientifiques s’expriment d’abord par le texte - ce qui est assez pratique et m’a permis de connaître, sans quitter mon domicile, de repérer toutes sortes de recherches allant dans le sens de mon enquête. Par exemple des études sur le sens de l’abstraction chez les abeilles, ou sur la capacité des plantes à prendre de bonnes décisions, ou encore sur l’aptitude des moisissures visqueuses (des êtres unicellulaires) à trouver la sortie d’un labyrinthe ! J’ai contacté ces chercheurs et suis allé les interroger dans les laboratoires où ils opéraient. Ce n’est évidemment pas une étude exhaustive. J’ai plutôt reniflé ma piste, comme un chien lâché après une proie...

N. C. : Vous avez couru après des chercheurs qui s’étaient signalés sur le web comme menant des recherches en affinité avec votre sujet ?

J. N. : Exactement, bien que ne sachant pas d’avance à qui j’aurais à faire. Il faut avouer que nous avons pas mal de préjugés vis-à-vis des scientifiques : nous les imaginons froids, pressés, portant des blouses blanches et parlant à la troisième personne. Alors que chacun de ceux à qui j’ai rendu visite était large d’esprit, humble, anti-dogmatique, critique des explications matérialistes simples, ouvert au mystère et, ma foi, à la pointe d’une interrogation réellement rationnelle, basée sur l’expérimentation sur... eh bien oui, sur l’intelligence dans la nature. Et montrant ce qu’il y a de beau dans la science : elle génère des résultats reproductibles et solides. C’est vrai que les chamanes peuvent, dans leurs visions, dialoguer par exemple avec l’esprit d’une abeille et apprendre des choses sur la « façon abeille » de ressentir le monde. Mais quand le chamane revient de son voyage, on n’a que sa parole. Tandis que lorsqu’un scientifique met des abeilles dans un labyrinthe, conçu de façon à montrer que ces abeilles peuvent gérer des concepts abstraits - comme de reconnaître et de transmettre aux autres la bonne piste marquée par une lettre ou par une couleur, et d’éviter les autres pistes, marquées par d’autres lettres ou d’autres couleurs -, c’est une expérience que tout le monde peut tester à son tour.

N. C. : Cela dit, un rituel à l’ayahuasca génère des visions comportant des constantes, quelle que soit la personne - par exemple des visions de serpent de toutes tailles...

Peinture SerpentsJ. N. : Sauf que deux personnes ne voient jamais exactement la même chose, même s’il y a certainement des recoupements possibles. Sans doute l’approche rationnelle est-elle plus myope et ne peut pas poser toutes sortes de questions - cela lui donne d’ailleurs une sorte d’humilité. En revanche, les données générées sont solides et relativement incontournables. Par exemple, quand on montre qu’une moisissure unicellulaire peut trouver le chemin le plus court entre l’entrée et la sortie d’un labyrinthe, personne ne peut plus effacer ce savoir ! Imaginez ça : une simple cellule ! On ne sait pas comment elle fait, mais le fait est définitivement établi. L’excitant, dans tout cela, est de constater que l’Occident s’est certes coupé du chamanisme, mais que sa science est désormais assez développée pour commencer à atteindre des résultats similaires à ceux des chamans, par une approche sans doute plus myope, mais conduisant finalement aux mêmes endroits. On peut utiliser la science pour comprendre la nature. Évidemment, on peut aussi combiner les deux : science et chamanisme sont... synergiques. Mais il n’est même plus besoin de se pencher sur le chamanisme, on peut rester pleinement sur le terrain scientifique pour arriver à une compréhension quasi chamanique de la nature. Et ça, c’est une belle chose. C’était en fait mon idée de départ, mais j’ai été surpris de constater à quel point les scientifiques parlaient comme des chamans, réfléchissaient comme des chamans et avaient même des yeux comme des chamans !

N. C. : Des yeux !?

J. N. : Anthony Prewabas, par exemple, qui étudie l’intelligence des plantes et enseigne la biologie à l’université d’Edimbourg, a un regard particulièrement perçant, qui m’a fait penser à un certain nombre de chamans que j’ai connus. Le regard des chamans a été un sujet commenté à plusieurs reprises - dans Chamanes au fil du temps (éd. Clés / Albin Michel), nous avons publié des textes frappants là-dessus. Un regard souvent assez difficile à soutenir.

Finalement, le chamanisme fait quelques propositions centrales. L’une d’elles est que la nature est intelligente, que l’on peut communiquer avec elle et que les chamans développent des techniques pour cela. Une autre est que, sous la surface de la diversité des êtres, on trouve une unité cachée, qui relie les êtres et dont la connaissance se transmet de chaman à chaman. En gros, ce que les biologistes contemporains découvrent de nos jours, c’est bien ça. Ainsi, en étudiant les signaux moléculaires que les cellules des plantes s’envoient, lorsqu’elles apprennent et communiquent, Anthony Prewabas a montré que ces signaux étaient en grande partie similaires à ceux que nos propres neurones utilisent pendant que nous sommes en train d’avoir cette conversation.

N. C. : Des échanges d’ions à travers des membranes ?

SerpentAdnJ. N. : Ou carrément des protéines ou des bouts d’ARN. Nous pouvons donc toujours penser, avec notre cerveau, que le brin d’herbe à nos pieds n’a rien à voir avec nous, mais en réalité, pour que notre cerveau puisse avoir cette pensée, il doit utiliser les mêmes messages que les cellules à l’intérieur du brin d’herbe utilisent pour que celui-ci puisse assimiler de l’information du monde extérieur et prendre les bonnes décisions qui lui permettront d’exister. Telle est la vérité moléculaire mise à jour pendant les années 90. Quelqu’un comme Anthony Prewabas a découvert tout ça avec ahurissement : en prenant les molécules au sérieux, on est finalement amené à avoir un point de vue animiste ! Et ça dépasse largement les signaux neuronaux : vous savez que la moitié des gènes contenus dans le génome de la banane ont des équivalents dans le génome humain. Cela ne veut pas dire que nous sommes à moitié banane ; mais un gène étant une sorte de paragraphe d’information, qui sert à construire une protéine, la moitié des paragraphes du grand livre d’information nécessaire à l’élaboration de la banane sont exactement les mêmes que ceux du grand livre humain.

N. C. : Cette « grande unification » entre êtres vivants est d’autant plus frappante qu’à l’intérieur même de nous, les biologistes découvrent, stupéfaits, que nos neurones, nos glandes endocrines et notre système immunitaire fonctionnent avec les mêmes molécules.

J. N. : Ça va très vite. On oublie trop facilement que les premiers « textes » des différents génomes n’ont commencé à paraître qu’en 1995 (l’année de parution du Serpent cosmique). Pour ma nouvelle enquête, je ne me suis appuyé que sur les découvertes de ces dix dernières années, qui ont été d’une richesse folle et que nous sommes loin d’avoir encore intégrées. Du coup, un chercheur comme Anthony Prewabas en fait désormais presque trop, oubliant que nous vivons toujours dans un monde où les plantes sont considérées comme stupides. Le deuxième sens du mot « légume » dans le dictionnaire est une insulte s’appliquant aux êtres humains plongés dans l’inconscience du coma. C’est comme si notre vocabulaire était encore raciste envers l’ensemble des autres espèces. Nous admettons à la rigueur que certaines espèces « supérieures », grands singes, dauphins, rats, chats et mammifères en général, sont doués d’une certaine intelligence - ce qui revient à enfoncer une porte ouverte -, alors que nous nous refusons à étendre cette qualité aux reptiles ou aux insectes, et encore moins aux plantes, qui n’ont pas de cervelle. Ce préjugé s’avère faux.

N. C. : Faux du haut en bas de l’échelle. Votre nouvelle enquête passe progressivement des êtres unicellulaires aux plantes, puis aux insectes, avant d’en arriver finalement aux mammifères, notamment au jaguar, qui règne en quelque sorte sur la forêt amazonienne...

ShamanJ. N. : C’est une figure majeure de cette région. Les chamans s’affirment capables de se transformer en jaguar, c’est-à-dire de se mettre, au cours de leur transe, dans l’état d’esprit de ce félin. La transformation est un thème qui revient sans cesse dans le chamanisme. Mais qui revient sans cesse aussi en science ! Rien ne reste tel, tout se transforme et même nous, nous sommes le fruit d’une évolution qui n’a de cesse de transformer les êtres. Chamans et scientifiques ont donc en commun de voir, non seulement l’unité sous la surface de la diversité, mais aussi les transformations permanentes qui grouillent sous l’apparente stabilité. La nature est un magnifique paradoxe, comme le Concombre masqué de la bédé : « Tel qu’en lui-même, toujours il change. » La molécule d’ADN n’a apparemment pas changé en quatre milliards d’années, alors que son mécanisme intrinsèque a généré des milliards de formes se métamorphosant en permanence, à l’infini. C’est pourquoi les néodarwiniens ont raison de mettre l’emphase sur l’évolution et de la placer au centre de tout - même si je ne suis pas d’accord avec eux quand ils disent que le moteur de celle-ci est une accumulation de mutations aléatoires. À mon sens, toute certitude sur le moteur de l’évolution et sur les causes finales, dans un sens ou dans l’autre, relève de la croyance théologique et pas de la démarche scientifique. Ce moteur n’est pas démontrable ! Certains sont convaincus qu’il ne fonctionne que par hasard et nécessité, d’autres que c’est Dieu qui a fait le coup. Je ne veux surtout pas me positionner sur l’un ou l’autre terrain. Je veux rester agnostique. En tant que diplomate entre les savoirs, surtout préoccupé par l’état de la biosphère où nous vivons, je sais que je ne sais pas : les causes ultimes de l’évolution m’échappent.

N. C. : Renvoyons donc dos-à-dos les néodarwiniens, si attachés à leur athéisme militant, et les créationnistes biblistes, qui voient la main de Dieu partout. En affirmant : « L’univers n’a pas de but ! », les premiers ne se rendent généralement pas compte qu’ils ont le même mode de pensée que les seconds, alors qu’ils dirigent les universités et gouvernent l’idéologie et les médias ! À ce propos, que pensez-vous des virulentes attaques des néodarwiniens contre les partisans de l’« intelligent design » ? Ces derniers ne disent-ils pas, comme vous, que la nature a une intelligence intrinsèque - ce qui, selon eux, prouve l’existence de Dieu ?

J. N. : Il ne faut pas tous les mettre dans le même sac. Certains sont plus fins que d’autres. Michael Behee (?), William Dembsky sont des gens qui posent tout de même de bonnes questions - dont celle de l’intelligence de la nature, que je trouve bien sûr excellent de mettre sur la table. En revanche, vouloir en profiter pour importer Dieu dans la nature ne me semble pas judicieux.

N. C. : Que l’on parte des grandes percées scientifiques du 20° siècle (en particulier en physique de l’infiniment petit, où le réel nous échappe) ou du dialogue culturel entre Occident et Extrême-Orient (où l’ineffable Tétragramme jouxte l’ultime Vacuité), il semble nettement plus... intelligent, c’est le mot, de se garder de ce genre de raccourci. Seul un agnosticisme positif et ouvert peut fédérer les différentes croyances !

J. N. : J’aime l’idée que c’est le processus évolutionnaire lui-même qui est intelligent. Une intelligence interne en quelque sorte. Interne au monde, au réel, à la matière, plutôt qu’une intelligence « au-dessus » ou qu’un hasard aveugle. J’ai abordé la question dans un séminaire de trois jours, aux États-Unis, ne sachant pas quel accueil me serait fait. C’est très bien passé, je n’ai eu droit qu’à des applaudissements. Ni les scientifiques, ni les spiritualistes présents ne m’ont agressé. Tous avaient plutôt envie de prolonger la discussion. Je crois que le monde commence à être prêt pour une sorte de synthèse. D’ailleurs, ce qu’on peut observer, dans ce match d’« Intelligent design contre Néodarwinisme », c’est qu’ils sont tellement comme deux béliers se rentrant dedans, qu’on ne peut à l’évidence pas en rester là. On a nettement besoin d’une synthèse. Car enfin, nous sommes tous concernés ! Certes, chacun a le droit de croire ce qu’il veut, mais ce qui est en question, c’est la vie elle-même et son sens ! Alors, il n’y a aucune raison pour que tel ou tel groupe puisse tranquillement affirmer que ce sens est ceci, ou qu’il est cela et que nous l’acceptions ! Il serait intéressant de voter sur ces questions, mais au préalable, il faudrait vraiment informer l’opinion, sur les données et les enjeux, ce qui n’est pas le cas actuellement. Mais je pense que la plupart des gens qui lisent un peu ou qui ont, ne serait-ce qu’un chat ou un chien, savent bien que les humains n’ont pas le monopole de l’intelligence, de la conscience, de la sensibilité. Ils savent que la vie est sacrée, que nous vivons dans un monde matérialiste et technologique qui l’a désacralisée, et qu’il y a donc un problème. Et un désir grandissant de se rapprocher de la nature de manière un peu plus fine.

C’est clair, qu’il y a une intelligence dans la nature et jusqu’au fond de nos cellules. C’est clair qu’il y a quelque chose d’ahurissant et de mystérieux dans la vie. C’est clair que l’évolution a eu lieu et que nous faisons partie. Pour un être humain, comprendre la biosphère est sans doute aussi compliqué que pour une fourmi de comprendre New York. C’est difficile, nous sommes trop petits... tout en nous débrouillant finalement pas si mal. Et je crois que l’agnosticisme aide à s’ouvrir au plus grand nombre possible de données, mais sans nécessairement vouloir tout de suite retomber sur des certitudes. On peut tout de même en savoir beaucoup plus sur la biosphère qu’une fourmi. J’aime croire dans le savoir, tout en me sachant ignorant, à jamais, des causes finales.

N. C. : Quand vous parliez des gens qui ont des animaux domestiques, vous m’avez fait penser au biologiste Rupert Sheldrake, qui a écrit, il y a une quinzaine d’années, un livre intitulé L’âme de la nature. Quelle différence entre lui et vous ?

J. N. : C’est carrément un scientifique et il y va frontalement - c’est tout à son honneur, car il en a pris plein la figure. Total respect pour Rupert ! Je tente un autre sentier, plus indirect. Je suis un anthropologue qui mène une enquête auprès des Indiens et des scientifiques et je leur donne tour à tour la parole, c’est tout. À chaque lecteur citoyen de penser ensuite ce qu’il veut. Si, ayant lu mon bouquin, il pense toujours que la nature est une grosse machine que l’on peut piétiner et exploiter, libre à lui ! Je ne me confronte à personne. Quand Rupert Sheldrake a écrit son premier livre, la revue Nature a dit qu’il fallait le brûler ! Rien de tel contre moi. J’embrasse les scientifiques qui découvrent des choses nouvelles et je mets simplement en lumière le fait que ces découvertes sont parallèles à ce que les cultures indigènes disent depuis longtemps. C’est donc une bonne nouvelle ! J’aime l’approche aïkido et le respect...

N. C. : ... tout en reconnaissant qu’il y a souvent malentendu sur les mots : « savoir », « connaissance », « know how » ne recoupent que très partiellement leurs homologues dans d’autres langues. Vous nous proposez ainsi d’adopter le mot japonais « shi seï », pour nous élargir l’esprit...

J. N. : Chaque mot est une valise chargée, parfois bourrée de linge sale. Le mot intelligence est souvent défini dans les dictionnaires occidentaux comme une spécificité strictement humaine, qui ne peut donc en aucun cas s’appliquer à des êtres non humains. Nos préjugés nous sont donc injectés dès l’apprentissage des mots. Même chose pour le mot Nature, qui est censé définir tout ce qui n’est pas humain dans l’univers. En ce sens, l’expression « intelligence dans la nature » est une impossibilité. Du moins en anglais ou en français. Depuis que le chercheur japonais xxxxx a découvert qu’une moisissure unicellulaire pouvait résoudre l’épreuve du labyrinthe et qu’il a écrit dans la revue Nature qu’elle était donc « intelligente », il se trouve confronté à deux types de journalistes : les Occidentaux lui demandent surtout de s’expliquer sur le mot « intelligent » appliqué à une cellule ; alors que les Extrême-Orientaux, eux, veulent surtout savoir, en détail, comment la moisissure a réussi son coup. Nos concepts même nous empêchent d’intégrer les nouvelles données ; ils sont trop carré, alors qu’il faut intégrer des cercles. La culture européenne est partie de l’idée d’une séparation entre l’humain et la nature, d’une séparation explicable justement par notre intelligence, ce trésor si unique qui était censé nous caractériser, alors que tout le reste de la nature était peuplé de sortes de robots !

Il y a désormais un très grand nombre d’approches différentes du concept d’intelligence. Le mot nippon shi seï (capacité de savoir), par exemple, est celui qui met les Japonais à l’aise pour parler aussi bien des moisissures que des humains, quand les uns ou les autres font preuve d’une « capacité de savoir ». Cette définition semble convenir à beaucoup de gens, dans beaucoup de situations. Pour nous dégager du bourbier sémantique où nous sommes enlisés, nous autres, Occidentaux, qui commençons tout juste à réfléchir à l’intelligence qu’il y a chez les non-humains, je propose donc d’importer ce mot japonais !

N. C. : À l’autre extrême, des gens comme Albert Jacquard vont jusqu’à dire qu’il n’y a pas de différence de fond entre l’animé et l’inanimé. Nous, avec notre conscience, nos émotions et notre intelligence, nous ne serions jamais qu’un état de la matière, comme il y a des liquides, des solides, des gazeux...

J. N. : Entre le chamanisme et la biologie, j’ai mon assiette assez pleine. La physique échappe à mon enquête. Il me semble pourtant qu’il y a une différence fondamentale entre un tas de sable et une vache le premier ne peut pas s’autodupliquer, le second a la capacité à le faire. On compare complaisamment nos technologies a des êtres vivants, mais c’est une imposture : elles ne sont pas capables de se reproduire et de véritablement s’autogérer. Votre téléviseur ne peut pas tout d’un coup devenir deux télés ! Entre le vivant et l’inerte, il reste une prouesse inégalable. Malgré tous les progrès de la biologie, nous serions incapables de former un être humain simplement à partir d’atomes ! Je vois donc toujours une grande distinction entre le vivant et l’inorganique.

N. C. : Pour finir, et pour dire un mot de la crise biosphérique majeure que nous traversons, pouvez-vous préciser ce que vous entendez par « bon prédateur » - un terme que vous utilisez à propos des jaguars et que vous aimeriez pouvoir étendre aux humains.

J. N. : C’est devenu une évidence depuis peu. Nous faisons partie de la toile de la vie et sommes construits comme les autres êtres vivants et le fait d’empoisonner ces derniers, c’est nous empoisonner nous-mêmes. Nos pollutions se retournent contre nous et nous rendent malades. Il nous faut donc affiner la connaissance des autres espèces, avec qui nous vivons et que nous mangeons. Nous sommes le prédateur n°1, au sommet de la chaîne alimentaire, et c’est vrai que nous sommes une jeune espèce - l’Homo sapiens n’a que deux cent mille ans - et que nous avons à apprendre auprès d’autres grands prédateurs, beaucoup plus anciens que nous. Les jaguars sont, dans leurs forêts, les n°1. Comme nous, ils sont très polyvalents, courent, nagent, grimpent aux arbres, mangent des reptiles, des poissons, des tortues, des singes ou des chevreuils. Ils n’ont pas de rivaux et redoutablement efficaces. Mais contrairement à nous, ils sont très discrets. À tel point que les biologistes ont beaucoup de mal à les étudier - ils n’ont jamais pu surprendre une femelle mettant bas.

NarbyJeremy Narby


À lire :

"Le serpent cosmique" (éd. Georg)
"Intelligence dans la nature (éd. Buchet Chastel)
"Chamanes au fils du temps" (éd. Clés / Albin Michel)

Voir aussi :

Jeremy Narby "aux origines naturelles du savoir" Par Thomas Johnson

(Propos recueillis par Patrice van Eersel)


http://www.cles.com/entretiens/article/la-nature-est-intelligente-et-nous

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 16:34

HamblechiaLa Quête de Vision est une cérémonie sacrée, une opportunité de s’observer soi-même, de donner une perspective à sa propre vie, à ses relations. La relation est une des choses les plus importantes dans la vie ; la relation avec les êtres, avec son père, sa mère, ses enfants, avec la famille, les relations que nous avons avec nos frères, nos compagnes, tout être et chose. Nous allons en Quête de Vision pour rénover cette connexion que nous avons avec tous les êtres humains, avec la nature, avec le jour et la nuit, avec son travail, son lieu de vie.

 

Cette relation est dépendante de la mémoire de notre propre vie et de la vision de comment nous aimerions la vivre, être. Nous disons : « pour toutes nos relations », parce que le plus important est d’avoir une bonne relation avec le Grand Esprit. Lorsque l’on est en Quête de Vision, on va à la recherche de ces instructions, de ces informations et ordonner notre vie à travers la prière, de la sincérité, de l’intégrité, de la volonté et de l’humilité. Là, on s’aligne au travers de la prière avec le Grand Esprit pour pouvoir vivre la clarté de cette prière, dans la vie quotidienne.

 

La Quête de Vision est reliée à l’être humain, avec l’être sacré qui est à l’intérieur de nous-même. Cet être a un but, l’intention de réaliser une harmonie, une connexion, une unité, un équilibre avec tout. Le chercheur de vision est quelqu’un qui reconnait le pouvoir en toute chose. Pour nous la Quête de Vision est un des premiers temples qui existent, qui fut créé par le Grand Esprit. Nous empruntons un chemin sur la Terre et nous rencontrons le Grand Esprit, nous nous arrêtons sur ce chemin et nous méditons, nous réfléchissons sur l’air, l’eau, le soleil, la terre, les oiseaux, l’arbre, sur tout ce qui existe.

 Quête de vision

Nous pouvons voir la présence de l’enseignement, la vérité des saisons de l’année, des quatre directions, dans la terre et dans le ciel. Tous ces enseignements sont en face de nous pour nous ouvrir les yeux, nous ouvrir le sentiment pur du cœur. Nous pouvons rétablir la palpitation de la vérité gardée, dans les entrailles, la profondeur du mystère de l’être, du mystère de l’infinie présence du Grand Esprit. Nous allons sur ce lieu qui est un temple très sacré, mais non créé par l’homme sinon par le Grand Esprit; un temple où il a disposé un arbre, une pierre, un oiseau avec une intention, tout a été créé avec une intention, même une petite fourmi, par exemple. Tout ce qui se rencontre en quête de vision est une connexion, tu peux partager, t’unir et avoir l’opportunité d’élargir ta conscience. Tous ces enseignements nous sont remis par montagnes entières de connaissances et de sagesse, lorsque nous sommes en Quête de Vision.

 

La Quête de Vision est une grande opportunité pour construire pour la première fois un nid et l’occuper dans une forme sacrée, en sachant que l’on est seulement de passage. On est disposé à occuper cet espace pour croître, pour recevoir les instructions nécessaires à toute sa vie. Nous arrangeons un carré comme si c’était un cercueil ou un petit berceau autour duquel on pose un câble d’énergie, de nombreux sachets de tabac pour se connecter avec le Grand Esprit, avec les quatre directions, le ciel et la terre. C’est une belle manière de désenrouler sa vie, de la déposer sur l’endroit de votre quête de vision. D’abord on l’enroule, ensuite on la désenroule en disposant toutes les prières autour de soi. Nous envoyons notre message, une voix à qui peut l’entendre, l’écouter, d’une certaine manière, à toutes les directions, à toutes les formes de vie et aussi à soi-même. On demande de l’aide, un conseil, l’orientation. Il y a de belles choses qui manifestent ce qui existe dans le cœur de chacun. Celui qui se concentre peut apprendre à écouter dans leur naturalité l’air, la pluie, l’eau de la rivière, les animaux. Ils se révèlent d’une manière unique et exclusive parce que tu es là uniquement et exclusivement pour recevoir cet enseignement.

 

Lorsqu’on est en quête de vision, d’abord vient la peur, puis se présente la faim, et plus tard après une grande lutte avec la faim, la soif, la peur, ta propre solitude, tu rencontres la lumière, la clarté. Pour moi, c’est très important d’avoir la clarté, la vision. Il y a d’autres preuves qui se présentent, comme le fait que la vision est si claire que tu peux penser que tous vont la comprendre. Alors tu perds l’intention première qui est de toujours être attentif à tout. Puis vient le pouvoir de transformer ta vision en quelque chose d’utile qui vaut la peine, où le pouvoir lui-même ne va pas te détruire. Ainsi se trouve l’équilibre même, de la conscience universelle qui existe dans chaque être. Pour moi ceci est le meilleur enseignement qui ne demande aucun maître, tu l’obtiens par toi-même en quête de vision ou dans la tradition du Chemin Rouge. La Quête de Vision est une grande opportunité pour être avec le père, avec la mère, avec les quatre directions, avec soi-même, pour s’adoucir, voir si réellement nous sommes réels et véritables dans ce monde, dans cette vie, avec le but que nous avons.

 Quete-de-vision-Hamblechia-Sioux

Sur le chemin de mes ancêtres

Aurélio Diaz

Editions Recto-Verseau (www.recto-verseau.ch)

ISBN 2-88343-115-9

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 19:35

ShamanLa vision véritable n’est pas un rêve, c’est quelque chose de très réel. Vous êtes tout éveillé, et soudain une personne se tient à vos côtés, alors que vous savez pertinemment qu’elle ne peut être là. Vous ne rêvez pas, vos yeux sont ouverts. Il faut travailler longtemps à faire le vide dans votre esprit pour atteindre ce but. Une fois que vous avez fait l’expérience de cette vision réelle, plus rien d’autre ne peut vous satisfaire. A partir de ce moment, pour vous, c’est tout ou rien.


Souvent considérée comme une épreuve extrême, la quête de vision est une expérience indispensable à tout chaman et l’on peut dire qu’elle est bénéfique à toute personne. Cette pratique est inscrite dans toute tradition chamanique avec bien sur des variantes locales. Mais le fond reste le même. La quête de vision est destinée à plusieurs objectifs ; en tant que rite d’initiation ou de rite de passage, acquérir un pouvoir ou une médecine personnelle, renter en contact avec son destin, et surtout entrer en contact avec le monde spirituel. En étant investit par le sacré, l’on devient pleinement, on acquière une puissance intérieure qui bouleverse la vie. La quête de vision, nous confronte avec nous-mêmes, les forces obscures qui sont en nous et qui agissent souterrainement. Elle peut nous donner l’occasion d’avoir une vision, une voyance sur notre chemin de vie, elle peut nous apporter une connaissance, une compréhension, un chant ou une médecine particulière que nous pourrons alors mettre en œuvre.

 

La quête de vision revêt bien des aspects, mais, elle comprend toujours une période d’isolement, de retrait du monde, un jeûne. Dans certains cas la consommation de plantes ou substances modificatrice de conscience. La démarche de la quête de vision et de prendre une distance par rapport à la famille et à la société dans laquelle nous vivons, et qui nous conditionne.

 

A cet égard, une des sept cérémonies sacrée des Sioux Lakotas, la fameuse SUN DANCE (la danse face au soleil), si longtemps interdites par le gouvernement américain s’apparente souvent à une quête de vision.

(…)

Roue Medecine indienneIl s’agit d’une intention délibérée de se relier au sacré, motivé par une perception intérieure de retourner à la source. Il s’agit de mourir pour renaître à une autre vie. L’espoir est à la hauteur de l’ambition, mais le chemin difficile. Mais, les anciens, ont parcouru le chemin, l’on balisé. Soyons humble ! Ecoutons leur enseignement, leurs conseils.

 

La quête de vision est une expérience, qu’il nous faut vivre avec une grande lucidité. N’oublions pas que l’éveil, c’est être éveillé, tout d’abord sur notre intention personnelle puis sur ce que nous vivons dans cette expérience. L’éveil apparaît, lorsque nos sens sont en éveil et non pas comme endormis comme c’est souvent le cas dans la vie quotidienne. Alors, la perception ouverte, lucide, pleine s’impose.

 

Mais qu’est ce qu’une vision ? Ce n’est pas une fantaisie de l’imagination, une rêverie, des images hypnagogiques, ni un délire, ni une hallucination. Lorsque nous avons la grâce d’une vision, cela peut être une expérience dans laquelle nous avons immédiatement la compréhension de l’expérience, mais parfois, on ne se rend pas compte immédiatement qu’il s’agit d’une vision. Il nous faut alors, un mouvement de compréhension, de réflexion, mais tout

 

Va très vite, même si dans ces expériences le temps n’a plus de consistance. La perception de la vision est une expérience concrète, concrète comme la réalité de notre quotidien. A ceci près, que nous vivons intérieurement une expérience émotionnelle très profonde, qui nous transforme, nous bouscule, nous projette hors de nos habitudes, de nos limitations. Nous faisons alors un saut dans la beauté de la vie.

 

Lorsque je conduis des quêtes de vision, souvent les personnes sont dans une angoissante question qui me fait sourire. Je lis dans leur esprit « comment reconnaît-on une vision ? »

 

C’est simple, lorsque nous avons la grâce de recevoir une vision, s’impose alors en nous fortement la certitude intérieure que nous vivons une vision. Lorsque nous avons une vision : nous savons !

Source: http://www.chamanisme-niya.com/spip.php?rubrique13

Archie Fire Lame Deer 

 

Selon François Jouan, un chamane français, la quête de vision se pratique en solitaire, en pleine nature, face aux éléments et à soi-même. Ce voyage intérieur demande du courage et la capacité de s’ouvrir à un autre mode de perception, ce qui est facilité par le fait de se retrouver face à soi-même, sans autres points de référence que la nature elle-même.

 

La Quête de Vision comporte plusieurs éléments qui peuvent être impliquant :
- la séparation de son milieu habituel 
- le retrait dans un lieu isolé 
- un jeûne solitaire de trois jours en pleine nature sauvage, équipé d’une trousse de survie minimale


L’initié apprend à voir autrement, à observer les signes et les présages que la nature lui adresse et à découvrir les secrets et les mystères que recèle son âme.

 

Il aura, au préalable, déterminé son propre lieu de pouvoir et il bénéficiera d’alliés inattendus qui l’aideront à franchir toutes les étapes de mort à renaissance.

 

Une Spiritualité « Nature »

 

Pour mieux saisir le sens de la Quête de Vision, pratiquée à l’origine par les peuples natifs d’Amérique du Nord, il importe de comprendre les fondements de leur spiritualité.

 

Pour eux, le divin et la religion sont intimement liés à la Terre Mère et se manifestent dans toutes les créatures.Il n’y a pas de hiérarchie entre les espèces vivantes ni de séparation entre la vie sur terre et dans l’au-delà.

 

C’est à partir de cette constante interaction entre les différentes espèces, toutes animées d’une âme, qu’ils reçoivent une réponse ou une inspiration sous forme de visions et de rêves.

indien tipi

De façon générale, la Quête se fait en groupe avec un Guide. Elle dure ordinairement sept jours et comporte cinq phases : 
- la phase de Préparation 
- la phase de séparation (en dehors de sa zone de confort habituelle) 
- le Monde Sacré, et le début du Voyage Héroïque 
- la phase de Réincorporation, la Vision Révélée 
- la phase de Mise en Oeuvre au retour chez soi.

 

Durant la Phase Préparatoire, le Guide accompagne les participants dans divers rituels favorisant la prise de contact avec le monde spirituel. Ces exercices permettent d’explorer ses blessures intérieures, d’apprivoiser le silence et la nature, de faire face à ses peurs (mort, solitude, jeûne), de travailler avec les deux aspects de son être (lumineux et sombre), de créer son propre rituel, de communiquer avec d’autres espèces, d’entrer en transe par la danse et le rêve, etc.

 

La Phase de Séparation c’est en quelque sorte laisser l’ancien monde, celui que vous ne voulez plus pour aller capter « son Eldorado ». Cette phase sera célébrée par un rituel spécifique avant le départ.

 

Le Monde Sacré c’est celui que vous aurez tracé avec vos propres jalons, celui qui va permettre la Vision. Ce Monde se découvrira à travers une randonnée de trois jours en pleine nature, à travers les éléments.

 

C’est dans la Phase de Réincorporation que toutes les appropriations se feront dans sa propre logique dans son nouveau projet de vie, de même la remémoration de son « Temps du Rêve », son partage et sa célébration.

 

Le Guide accompagne les personnes pendant toute la durée du processus, et collectivement et individuellement. Il est le catalyseur des attentes de chacun dans un principe de transcendance.

 

François Jouan (source: http://www.chamanisme.fr/La-quete-de-vision-une-approche.html)

Sweat Lodge Inipi 

=> Une quête de vision est organisée cet été 2012 dans la région de Genève. Cliquez ICI pour en savoir plus.

Mitakuyé Oyasin

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article
23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 22:05

Par Thierry Liot.

 

ShamanLe chamanisme existe sous deux formes distinctes. La première, la plus ancienne, est le chamanisme traditionnel plus proche du folklore et des traditions païennes. Il existe depuis des milliers d’années. Les anthropologues ont même retrouvé certaines formes chez l’homme de Cro-Magnon ; ce chamanisme implique l’utilisation de drogue, d’hallucinogène, de rituels, et un mental très religieux qui est, à mon avis, plus proche de la schizophrénie que de celui d’une personne de connaissances.

 

Le chamanisme païen, utilise les mythes, les contes et les histoires de pouvoir, au sens propre du terme, alors que le Nouveau Chamanisme, comprend le sens caché et initiatique de l’allégorie et du mythe.

 

Sous l’effet de psychotropes, la personne interprète le symbolisme et le langage de l’Âme au premier degré, il y a ouverture de l’inconscient, mais il n’y a pas expansion de la conscience qui permet une interprétation évolutive du message.

 

La deuxième forme du chamanisme, que j’appelle le Nouveau Chamanisme, est beaucoup plus récente. Ce Nouveau Chamanisme est par définition ésotérique. On retrouve ce mouvement et ses enseignements chez les Esséniens, les Grecs, les Égyptiens et bien d’autres cultures. Il y a toujours un point commun entre toutes ces écoles : l’étude du mythe et du symbolisme, et un travail sur le rêve.

 

Bien sûr, ce mouvement du Nouveau Chamanisme a été dévoilé et mis à jour par Carlos Castaneda en suivant la tradition Toltèque ; Don Juan, lui-même, expliquait qu’il y avait eu un changement dans son lignage entre les anciens les nouveaux voyants. Apparemment, ce changement eut lieu vers le XVe siècle. Alors que le chamanisme traditionnel utilise des drogues et des rituels pour accéder à l’inconscient, le Nouveau Chamanisme, lui, utilise la discipline, la psychologie énergétique, et l’art de rêver. Le Nouveau Chamanisme est une initiation qui demande du temps, de la volonté et de la discipline. Cela amène un changement durable et permanent, une transmutation intérieure pour devenir homme et femme de connaissances.

 

Si l’absorption de drogues et d’hallucinogènes crée un rapide déplacement de la conscience, cela entraîne aussi, malheureusement, une confusion psychologique par un déplacement incontrôlable, qui provoque une dépendance aux rituels, et aux croyances qui vont avec ce genre de pratiques en enfermant les participants dans leur propre monde et en les séparant de plus en plus de la réalité du monde extérieur. Il est très facile de croire et de voir tout ce que l’on veut, tout ce qu’on peut imaginer, sous l’influence d’un psychotrope. Enfin, un déplacement de la conscience par des drogues amène un mouvement très grand et chaotique de la psyché, qui n’entraîne aucune prise de conscience durable, car la personne une fois revenue à son état normal, n’aura qu’un vague souvenir de ce qu’elle croit avoir appris, et en plus n’aura pas la possibilité de retourner sur cette expérience.

 

À l’opposé, le travail de la psychologie énergétique et le travail sur le rêve lucide, entraînent des déplacements calmes et dirigés de la conscience ordinaire dans la découverte de la psyché.

 

Le nouveau chamanisme ouvre une voie qui est accessible à tout moment par le pratiquant. Ce qui permet un contrôle sur le voyage et l’étude des nouvelles perceptions de la découverte intérieure de ce centre de conscience, que l’on appelle aussi l’Âme.


Thierry-Liot.jpg

Thierry Liot


Source: http://www.ifrc.co/le-nouveau-chamanisme-d%C3%A9finition/

 

Repost 0
Publié par Jean-Pascal - dans Sagesse indienne
commenter cet article

Présentation

  • : Harmonie du Corps et de l'Esprit
  • Harmonie du Corps et de l'Esprit
  • : Activités, pratiques et enseignements dédiés à l'harmonie du corps et de l'esprit. Méditation, relaxation, bien-être...
  • Contact

Auteur

  • Jean-Pascal
  • Psychologie et spiritualité orientale, Bouddhisme tibétain, Reiki, Hypnose, Chamanisme, Chi Gong, Rêves chamaniques, Relaxation et méditation m'ont amené et guidé sur le Chemin des travailleurs de la Lumière. Simple passeur, je  propose de partager mes découvertes en accord avec mes vœux spirituels.
  • Psychologie et spiritualité orientale, Bouddhisme tibétain, Reiki, Hypnose, Chamanisme, Chi Gong, Rêves chamaniques, Relaxation et méditation m'ont amené et guidé sur le Chemin des travailleurs de la Lumière. Simple passeur, je propose de partager mes découvertes en accord avec mes vœux spirituels.

Citation

"Il devient indispensable que l'humanité formule un nouveau mode de pensée si elle veut survivre et atteindre un plan plus élevé"

Albert Einstein

Recherche

Visiteurs

Pages vues